DAHALOB
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Comprendre

Une vente d’immeuble, clause par clause.

Un acte notarié se lit rarement. Il se signe. Voici pourtant, ligne à ligne, ce que chaque clause d’une vente veut dire — et ce qu’elle vous évite.

L’acte reproduit ci-dessous est un spécimen. Les noms, les références foncières et les montants ont été inventés pour l’exemple. Il n’est tiré d’aucun dossier de l’Étude et ne correspond à aucune situation réelle. Sa structure, en revanche, est bien celle d’une vente reçue à N’Djamena.

I

La comparution

L'an deux mille vingt-six, le douze mars,

Par-devant Maître Hamid DAHALOB ADOUM, Notaire à N'Djamena (République du Tchad), soussigné,

ONT COMPARU :

Pourquoi la date est-elle écrite en toutes lettres ?

Cette première phrase n'est pas une formule de politesse : elle établit qui reçoit l'acte, où, et quand. C'est elle qui confère la date certaine — impossible d'antidater ou de postdater un acte notarié.

Les nombres sont écrits en lettres parce qu'un chiffre se maquille d'un trait de plume, pas un mot. La même règle s'applique plus loin au prix.

Point de vigilanceUn acte sous seing privé n'a pas de date certaine. En cas de conflit entre deux ventes du même bien, c'est cette date qui départage.

II

L'identification des parties

Monsieur ABAKAR Mahamat, commerçant, né le douze avril mille neuf cent soixante-dix-huit à Abéché, de nationalité tchadienne, demeurant à N'Djamena, quartier Moursal, titulaire de la carte nationale d'identité numéro 100137 délivrée le huit janvier deux mille vingt-quatre par le Commissariat central de N'Djamena,

Marié sous le régime de la communauté de biens avec Madame FATIME Achta, aux termes de leur acte de mariage reçu le trois juin deux mille cinq,

Ci-après dénommé LE VENDEUR, d'une part ;

ET Madame NGARLEDJI Béatrice, enseignante, née le trois septembre mille neuf cent quatre-vingt-cinq à Moundou, de nationalité tchadienne, demeurant à N'Djamena, quartier Klemat,

Ci-après dénommée L'ACQUÉREUR, d'autre part.

Pourquoi tant de détails sur des gens qui se connaissent déjà ?

Le notaire ne rédige pas pour les parties d'aujourd'hui : il rédige pour le juge de dans quinze ans, ou pour l'héritier qui n'était pas né. Chaque mention sert à identifier une personne sans ambiguïté possible, longtemps après.

La mention du régime matrimonial n'est pas décorative. Le vendeur étant marié en communauté, le bien est présumé commun : l'accord de son épouse est requis. Sans cette vérification, la vente est attaquable par le conjoint.

Point de vigilanceC'est ici que se jouent la plupart des annulations : un vendeur marié qui vend seul un bien commun, ou un mandataire dont la procuration est périmée.

III

L'origine de propriété

EXPOSÉ PRÉALABLE

Le VENDEUR déclare être propriétaire du bien ci-après désigné pour l'avoir acquis de Monsieur YOUSSOUF Brahim, suivant acte reçu par Maître … , notaire à N'Djamena, le vingt et un octobre deux mille onze, enregistré et publié à la Conservation foncière de N'Djamena le neuf novembre suivant, volume 214, numéro 3 077.

Le vendeur précédent le tenait lui-même par attribution administrative constatée par arrêté n° 0412/MDU/2003.

Jusqu'où faut-il remonter dans le passé du bien ?

On ne vend bien que ce que l'on possède réellement. L'origine de propriété reconstitue la chaîne des propriétaires successifs et vérifie qu'aucun maillon n'est rompu.

Au Tchad, cette vérification est plus délicate qu'ailleurs : titres fonciers immatriculés, permis d'occuper et droits coutumiers coexistent, et ne confèrent pas la même sécurité. Remonter à l'acte administratif d'origine, quand il existe, est le seul moyen de savoir sur quoi l'on s'appuie.

Point de vigilanceUn vendeur incapable d'expliquer comment il est devenu propriétaire est le premier signal d'alerte. L'Étude interrompt l'instruction plutôt que d'instrumenter sur une origine douteuse.

IV

La désignation de l'immeuble

ARTICLE PREMIER — DÉSIGNATION

Une parcelle de terrain bâtie sise à N'Djamena, quartier Moursal, d'une contenance de quatre cent cinquante mètres carrés (450 m²), figurant au plan de bornage dressé le quatre février deux mille vingt-six par le géomètre assermenté …, objet du titre foncier numéro 12 458 / NDJ,

Ensemble la construction à usage d'habitation y édifiée, élevée d'un rez-de-chaussée, telle que le tout se poursuit et comporte, sans aucune exception ni réserve.

Que veut dire « sans aucune exception ni réserve » ?

Que rien n'est retiré de la vente : ni une pièce, ni un puits, ni un arbre. Cette formule ferme la porte aux réclamations postérieures du vendeur qui prétendrait avoir conservé quelque chose.

La désignation doit permettre d'identifier le bien sans se déplacer : quartier, contenance, référence du plan de bornage, numéro de titre foncier. C'est ce descriptif que reprendra la Conservation foncière.

Point de vigilanceLes litiges de limites sont la première cause de contentieux foncier. Un plan de bornage récent, contradictoire, vaut mieux qu'une superficie recopiée d'un acte de 2003.

V

Le prix et son paiement

ARTICLE 2 — PRIX

La présente vente est consentie et acceptée moyennant le prix principal de quarante-cinq millions de francs CFA (45 000 000 FCFA).

Sur ce prix, l'ACQUÉREUR a versé ce jour, entre les mains du notaire soussigné, la somme de quarante-cinq millions de francs CFA, dont quittance sous réserve d'encaissement.

Ladite somme sera conservée par le notaire au crédit d'un compte ouvert au nom des parties, et versée au VENDEUR après accomplissement des formalités de publicité foncière.

Pourquoi l'argent ne va-t-il pas directement au vendeur ?

Parce que la vente n'est pas terminée le jour de la signature. Tant que la mutation n'est pas publiée, l'acquéreur n'est pas opposable aux tiers : s'il payait tout de suite et qu'un obstacle surgissait, il aurait perdu l'argent sans avoir le bien.

Le notaire conserve donc les fonds sur un compte client, distinct de la comptabilité de l'Étude, et ne les libère qu'une fois l'acquéreur définitivement protégé. Chaque mouvement est tracé et le relevé peut être demandé à tout moment.

Point de vigilanceUn prix payé de la main à la main, hors de l'acte, ne protège personne — et prive l'acquéreur de la preuve du paiement.

VI

Propriété et jouissance

ARTICLE 3 — PROPRIÉTÉ, JOUISSANCE

L'ACQUÉREUR est propriétaire du bien vendu à compter de ce jour.

Il en aura la jouissance à compter du même jour par la prise de possession réelle, le VENDEUR déclarant les lieux libres de toute occupation.

Propriété et jouissance, est-ce la même chose ?

Non, et la distinction compte. La propriété est le droit ; la jouissance est l'usage effectif. Elles coïncident souvent, mais pas toujours : un bien loué se vend avec son locataire, et l'acquéreur devient propriétaire sans pouvoir entrer dans les lieux.

La déclaration selon laquelle les lieux sont libres de toute occupation engage le vendeur. Si un occupant s'y trouve, l'acquéreur dispose d'un recours fondé sur cette clause.

VII

Les garanties du vendeur

ARTICLE 4 — CHARGES ET CONDITIONS

Le VENDEUR déclare que le bien vendu est libre de toute inscription hypothécaire, saisie, opposition ou privilège quelconque, ainsi qu'il résulte de l'état délivré par la Conservation foncière de N'Djamena le deux mars deux mille vingt-six.

Il garantit l'ACQUÉREUR contre toute éviction et contre les vices cachés affectant le bien.

Le notaire croit-il le vendeur sur parole ?

Non. La déclaration du vendeur est doublée d'un document : l'état hypothécaire délivré par la Conservation foncière, daté de moins de deux semaines. C'est ce document, et non la parole, qui établit que le bien est libre.

La garantie d'éviction signifie que si un tiers revendique le bien avec succès, le vendeur doit restituer le prix et indemniser. Cette garantie survit à la vente.

Point de vigilanceUn bien peut être parfaitement détenu par le vendeur et pourtant grevé d'une hypothèque au profit d'une banque. Sans état hypothécaire récent, l'acquéreur achète la dette avec la maison.

VIII

L'enregistrement et les droits

ARTICLE 5 — DÉCLARATIONS FISCALES

Pour la perception des droits, les parties déclarent que la présente vente porte sur un immeuble bâti et que le prix ci-dessus exprimé est sincère.

Les droits d'enregistrement seront acquittés par l'ACQUÉREUR selon le tarif en vigueur.

Peut-on déclarer un prix inférieur au prix réel ?

C'est l'économie la plus coûteuse qui soit. Le prix déclaré sert d'assiette aux droits d'enregistrement : le minorer réduit l'impôt du jour, mais expose à un redressement assorti de pénalités.

Surtout, en cas de contentieux, l'acquéreur ne peut réclamer que le prix figurant à l'acte. La somme versée en dessous de la table n'existe pas juridiquement.

Point de vigilanceLe notaire est tenu de refuser d'instrumenter sur un prix qu'il sait mensonger. Sa responsabilité personnelle est engagée.

IX

La publicité foncière

ARTICLE 6 — PUBLICITÉ

Le notaire soussigné procédera aux formalités d'enregistrement et de publicité foncière requises pour rendre la présente vente opposable aux tiers.

Les frais, droits et émoluments des présentes sont à la charge de l'ACQUÉREUR, qui s'y oblige.

L'acte signé ne suffit-il pas à me rendre propriétaire ?

Entre le vendeur et vous, si. Vis-à-vis du reste du monde, non — pas encore. C'est la publication à la Conservation foncière qui rend la vente opposable aux tiers.

Tant qu'elle n'est pas faite, un second acquéreur qui publierait avant vous pourrait légalement vous primer, même s'il a signé après vous. C'est l'étape la plus déterminante de toute l'opération, et celle que les acheteurs pressés négligent le plus.

Point de vigilanceC'est précisément pour cette raison que le prix reste séquestré chez le notaire jusqu'à la publication.

X

La clôture de l'acte

DONT ACTE, rédigé sur … pages.

Fait et passé à N'Djamena, en l'étude du notaire soussigné, les jour, mois et an susdits.

Et après lecture faite et interprétation donnée aux parties, celles-ci ont signé avec le notaire.

Pourquoi préciser que lecture a été faite ?

Parce que le notaire doit s'assurer que les parties ont compris ce qu'elles signent. La lecture intégrale, et l'interprétation lorsque l'une des parties ne maîtrise pas la langue de l'acte, sont des obligations de forme : leur absence peut être invoquée.

La mention du nombre de pages et du lieu ferme l'acte. La minute — cet original — reste ensuite à l'Étude sans limitation de durée. Les parties en reçoivent une expédition, copie authentique de même valeur probatoire.

Ce que l’acte ne montre pas

L’essentiel du travail est fait avant la signature.

Un acte de dix pages représente souvent plusieurs semaines de vérifications dont il ne reste, dans le texte, qu’une ligne de déclaration.

01

Vérification de l'identité et de la capacité

Pièces d'identité en cours de validité, situation matrimoniale, absence de tutelle ou de curatelle, pouvoirs du représentant pour une société.

02

État hypothécaire et origine de propriété

Demande auprès de la Conservation foncière, remontée de la chaîne des propriétaires, contrôle des inscriptions grevant le bien.

03

Vigilance anti-blanchiment

Identification du bénéficiaire effectif, appréciation du niveau de risque et, si nécessaire, interrogation sur l'origine des fonds.

04

Rédaction et relecture du projet

Le projet est communiqué aux parties avant la signature, pour que chacun puisse le lire sans la pression du rendez-vous.

Votre situation

Chaque dossier a sa clause particulière.

Ce spécimen décrit une vente simple. Une indivision, un crédit bancaire, un vendeur à l’étranger ou un titre incomplet appellent d’autres clauses — et d’autres vérifications.